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) Emilie : - Salut les hommes ! Chanteur : - Salut Sainte Emilie Nelson ! Ecrivain : - Salut femme du grand écrivain méconnu ! Emilie, un instant sombre : - Tu as reçu une réponse négative ? Ecrivain : - Rien, toujours rien. Trois mois et dix jours. Alors qu’ils m’avaient tous dit « Je l’attends avec impatience. » Emilie : - J’en suis certaine, la Poste a tout perdu. Ecrivain : - Tu crois qu’il faut vraiment refaire 6000 photocopies ? Chanteur : - On devrait s’acheter une photocopieuse, en couleur. Moi aussi ça me servirait. Mes affiches sont trop artisanales. Même Pierrot me l’a balancé. Ecrivain : - Tu sais bien que ça vaut une fortune. Chanteur : - Pour ton anniversaire ! Ou alors faudra la demander à une mère Noël ! Ecrivain : - J’aurais pourtant mis ma main à couper que j’aurais au moins trois réponses téléphoniques. Ç’aurait vraiment été classe de pouvoir estomaquer les journalistes avec « le lendemain, trois éditeurs m’appelaient, enthousiastes... » Emilie : - Tu sais bien que tout ça ce sont des histoires. Tu sais bien qu’un écrivain invente ce qu’il veut pour sa promo, et surtout ce qu’il pense le plus intéressant. Certains s’inventent même deux cents refus avant le premier manuscrit accepté. Ça leur donne un côté « obstiné » parfois recherché. Ecrivain : - Mais je ne suis plus un débutant. A mon âge, avoir déjà eu deux livres édités, c’est... Le prix Goncourt dans quelques années et l’Académie Française à 60 ans... et même le panthéon quand il faudra bien se séparer. Chanteur : - Tu irais vraiment à l’Académie Française ? Emilie : - Et pourquoi il refuserait ? Chanteur : - Tu as toujours craché sur cette institution, ce truc du Moyen Age. Ecrivain : - Je la dénigrerai jusqu’au jour où mon nom circulera dans les couloirs. Comme toi tu critiques la Légion d’Honneur mais je suis certain que tu l’accepterais. Chanteur : - Euh... Pour faire plaisir à ma mère ! Mais ils ne m’ont même pas encore remis la médaille de la ville, alors que je suis le plus grand espoir de la chanson. Si j’étais footballeur, il aurait suffi que je marque un but en finale de la coupe de France. On devrait peut-être prendre notre carte. Ecrivain : - C’est trop risqué, imagine qu’ils perdent les prochaines élections. Chanteur : - En tout cas, pas ici. Ecrivain : - C’est trop dangereux la politique. Un artiste doit être neutre. Les causes humanitaires, défiler contre la guerre, OK, mais jamais trop marqué. Chanteur : - C’est vrai, tu as raison. C’est juste qu’au Conseil Général ils m’ont encore demandé si j’ai ma carte. Emilie : - Allez, je vous laisse travailler. (elle sort par la porte de la cuisine) Chanteur : - Tu as vraiment une femme super ! Elle te soutiendra toujours. Ecrivain : - Tu crois vraiment que Catherine va en avoir marre de travailler pour deux ? Chanteur : - Tu sais bien, elle prétend « C’est pas le problème » mais ce serait quoi le problème alors, qu’elle fait toujours la gueule ? Dans ce pays, avec les femmes, à part la tienne qui est une merveille, ça plante toujours à cause du fric. Pourtant elle gagne assez pour deux ! Elle devrait savoir qu’un artiste il lui faut du temps, des encouragements. Ecrivain : - Catherine, je trouve pas qu’elle fasse toujours la gueule. Chanteur : - Tu vas bientôt être de son côté, croire que j’invente ! Emilie, jamais elle te fait un reproche. Alors que moi, ça y est, elle est repartie, elle veut un môme. Ecrivain : - Y’a des femmes comme ça... Mais ça va durer quelques jours et ensuite elle te laissera tranquille six mois. J’sais pas, tu n’as qu’à lui dire que ça tomberait juste à la sortie de ton prochain album, et ça c’est vraiment pas possible. Chanteur : - Elle en a marre ! Tu diras, parfois je la comprends ! Quand je me mets à sa place. Quand c’est pas l’album, c’est une tournée, quand c’est pas une tournée, c’est la déprime. Ecrivain : - Depuis le temps, elle devrait avoir compris qu’un artiste c’est pas un comptable. Il faut en baver avant de cartonner. Chanteur : - Je me demande s’il va sortir un jour ce prochain album. Ecrivain : - Pourtant le précédent s’est bien vendu. Chanteur : - Pas assez pour ces messieurs ! Ils ont même osé me dire, hier, qu’il serait temps que je me mette vraiment à internet. Alors qu’il y a un an, ils rigolaient tous des chanteurs et leur petit site ! Ils prétendaient même « ça concurrence la vente des CDs » ! Ecrivain : - Tu vois ! Ils disent un jour noir, un jour blanc, et nous on est là, au milieu. Parfois je me demande s’ils comprennent les artistes. Chanteur : - Finalement... Il faut être réaliste, savoir faire son autocritique ! Ecrivain : - A jeun ! Chanteur : - Oui ! Je peux regarder la réalité en face même à jeun ! Je suis un super chanteur... T’es d’accord ? Ecrivain : - Tu sais bien. Chanteur : - Je suis un super compositeur... T’es d’accord ? Ecrivain : - On va encore en arriver à la conclusion qu’on vit une époque pourrie... Chanteur : - Attends ! Je suis un auteur nettement meilleur que la majorité des auteurs, mais ce qu’il me faudrait c’est un super parolier. Ecrivain : - Ouais ! Bof ! Tu crois vraiment que dans une chanson, le texte c’est aussi important que tu sembles le croire ce soir ? Chanteur : - Si seulement Gainsbourg et Boris Vian vivaient encore. Ecrivain : - Tu serais allé leur demander un texte ? Chanteur : - On se serait pris une de ces cuites ! Et ensuite j’aurais cartonné... Un jour il faudra qu’on travaille ensemble, que tu m’écrives des super paroles. Ecrivain : - Tu sais bien qu’un écrivain n’écrit pas de chansons, c’est le travail des paroliers. Chanteur : - Y’a des exceptions. Ecrivain : - Aucune exception. Si tu écris des bonnes chansons, tu es un mauvais romancier ou vice versa, ou même le plus souvent, les pitres écrivent des mauvaises chansons et des mauvais romans, certains ajoutent même du mauvais théâtre, de la mauvaise poésie... Chanteur : - Et Boris Vian ?! Ecrivain : - De son vivant il n’a pas vendu trois cents exemplaires de ses romans. Tu sais bien ce que j’en pense de ses romans. Il est nettement surcoté, c’était un parolier, un bon parolier, je te l’accorde. Chanteur : - Alors tu serais le premier vrai romancier vrai parolier ! Ecrivain : - Tu t’es disputé avec l’ensemble des paroliers avec lesquels tu as essayé de travailler. Même les parolières. Chanteur : - Des cons ! Des connes ! J’allais pas partager la moitié des droits alors que j’écris nettement mieux qu’eux... Je t’ai pas encore raconté... Par internet justement, je croyais en avoir dégoté un, ce matin, un qui habite en plus à seulement cent bornes d’ici. Ecrivain : - Et on n’en avait jamais entendu parler avant ? Chanteur : - C’est vrai que ça aurait dû me mettre la puce à l’orteil comme dit l’autre... Mais bon, il est connu en Afrique, il a obtenu une victoire de la musique là-bas. Je suis allé sur son site, auteurdechansons.net, je me suis dit, tiens, enfin un mec qui sait se présenter. J’ai vraiment flashé sur un de ses textes, j’avais même déjà une musique en tête, un truc bien déjanté, bien écolo... l’écologie ça peut être un bon créneau, tu ne crois pas ? Ecrivain : - Je suis certain que tu te souviens, alors chante-moi ça ! |